"Tant de mots redoublés; des incommodités sans nombre; des dégoûts ajoutés à un état humiliant, également insoutenables à un corps et à un esprit délicats; une passion chimérique, si l’on veut, qui ne me fournissait que des sentiments pénibles, me firent prendre la vie en horreur. Le désir de m’en délivrer parvint à affaiblir toutes les raisons contraires. L’opinion se plie presque toujours à ce qui favorise le sentiment; et l’on ne voit guère que ce que l’on veut voir. Je vins donc à penser que je devais quitter la vie, qu’il me semblait que je ne pouvais plus supporter. Le sentiment qui habitait au fond de mon cœur (et peut-être n’était-ce qu’une adresse de sa façon) voulut paraître avant que de s’éteindre, et m’inspira de donner, par une lettre, connaissance de mon dessein à celui qui en était en partie la cause. J’écrivis. Quand j’eus cédé jusque-là à ma folie, la raison me revint. Je me résolus de vivre. Je n’envoyai point la lettre; je la gardai comme un témoignage contre moi-même des égarements de mon esprit, et des excès où l’on peut tomber quand on s’abandonne à ses passions…"